Premiers jours en distanciel
Comment on s'intègre à une équipe qu'on ne rencontrera jamais en vrai. Ce que j'avais mal anticipé, et le rituel tout bête qui a débloqué la situation.
Je pensais que le plus dur, dans un stage à distance, serait la technique.
En vrai, la première semaine, je n'ai presque pas touché à une console. J'ai passé mon temps à essayer de comprendre comment fonctionnait une équipe dont je ne voyais personne.
Le décor
Trois stagiaires, un encadrant, et une infrastructure à monter de zéro pour une PME fictive. Aucun bureau. Aucun couloir où croiser quelqu'un pour poser une question à deux balles.
Les outils étaient posés dès le premier jour : un Outline pour la documentation, un dépôt Git partagé, un salon de discussion, et un point visio le lundi et le jeudi. Rien d'exotique. Ce qui change, c'est que ces outils ne viennent pas compléter la vie de bureau, ils la remplacent entièrement. Ce qui n'y est pas écrit n'existe pas.
Mon erreur des premiers jours
J'ai bossé en silence.
C'était mon réflexe de homelab : je bute sur un truc, je cherche, je trouve, je passe à la suite. Personne à prévenir, c'est ma machine. Sauf que sur une infra partagée, mon silence de deux jours signifiait pour les autres que j'avançais et que tout allait bien.
Au premier point du jeudi, j'ai découvert qu'un des deux autres stagiaires avait travaillé sur une partie du plan d'adressage que je pensais m'être attribuée. On avait tous les deux avancé, dans deux directions différentes, sur la même chose. Rien de dramatique, une heure à défaire, mais un peu bête.
L'encadrant n'a pas fait de commentaire là-dessus. Il a juste demandé qu'on écrive ce qu'on faisait au moment où on le faisait, pas après.
Le rituel qui a tout changé
À partir de la deuxième semaine, on a pris l'habitude de poster trois lignes chaque matin dans le salon d'équipe :
- hier : conf des interfaces VLAN sur OPNsense, trunk ok
- aujourd'hui : règles de flux LAN -> SRV
- bloqué sur : rien pour l'instant
Trente secondes à écrire. Franchement, la première fois j'ai trouvé ça un peu scolaire.
Sauf que ça règle le problème de fond du distanciel : personne ne voit ce que tu fais. Ce message remplace le fait de tourner la tête et de voir un collègue penché sur son écran.
La ligne « bloqué sur » est celle qui sert le plus. La poser à l'écrit oblige à formuler le problème, et il m'est arrivé plusieurs fois de trouver la réponse en tapant la question. Les autres fois, quelqu'un répondait dans l'heure.
Écrire pour être compris de quelqu'un qu'on ne verra pas
Deuxième chose que j'ai apprise à mes dépens : à distance, un message mal formulé coûte une demi-journée.
Au début j'écrivais des trucs comme « ça marche pas, le proxy répond pas ». Réponse évidente : « quoi exactement ? ». Aller-retour, deux heures perdues parce qu'on n'était pas connectés au même moment.
Ce que j'écris maintenant :
Depuis la VM du LAN (10.30.0.15), curl -v https://docs.interne.lan timeout au bout de 30 s.
Le DNS résout bien (10.20.0.10). Le port 443 est ouvert dans la règle LAN -> SRV.
Le log du pare-feu ne montre rien de bloqué. J'ai testé depuis MGMT : ça passe.
Même problème, mais la personne en face peut répondre sans avoir à me réinterroger. C'est bête, mais personne ne me l'avait jamais dit explicitement.
Ce que j'aurais aimé savoir avant
Le distanciel ne demande pas plus d'autonomie, il demande plus de communication. C'est contre-intuitif quand on arrive avec l'idée qu'on va être tranquille dans son coin.
Il y a aussi un truc dont personne ne parle : la fatigue est différente. Pas de trajet, pas de bruit, mais une journée entière sans jamais entendre une voix, ça pèse. J'ai fini par bloquer de vraies pauses dans mon agenda, sinon je restais scotché à l'écran de 9 h à 19 h sans m'en rendre compte.
Rien de tout ça n'est technique. Et pourtant c'est la partie du stage sur laquelle j'ai le plus progressé pendant les deux premières semaines.